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Dimanche 26 avril 2009

       C'était une odeur qui ne laissait place à aucune autre, s'imposant à ses narines de façon violente et jamais elle ne s'y attendait. S'ensuivait un haut-le-corps, elle cherchait alors à quitter l'endroit et la source de cette exhalaison mais bien souvent, cela arrivait lorsqu'elle se trouvait dans un train en marche, ou pire, dans un tramway. Si elle se trouvait dans une pièce, alors il n'y avait pas moyen de s'y soustraire et elle endurait péniblement l'écœurement violent que cette odeur provoquait en elle. Non qu'elle n'existait pas dans l'autre pays, elle avait déjà senti une odeur très similaire s'exhaler de la bouche de certains hommes (pour une raison inconnue les femmes semblaient épargnées par ce phénomène, peut-être n'ingéraient-elles que rarement ce mélange fait de viande diverses en putréfaction, et d'ail, l'ail étant probablement là uniquement pour contrebalancer le manque de fraîcheur évidente de cette substance en décomposition.)

Son dégoût était encore lus pénible lorsque cette odeur semblait s'échapper d'un corps, comme si toutes les pores de sa peau la distillaient de façon continue. Elle devait alors rassembler toutes ses facultés intellectuelles pour aller à l'encontre des émotions violentes que produisaient son corps et développer des trésors d'imagination pour s'empêcher de haïr profondément la personne suspectée coupable.

Elle s'inquiétait de l'effet d'une telle arme sur son propre intellect, frissonnant à l'idée que quelqu'un put manipuler des foules entières et les former à la haine de l'autre par la seule introduction dans leurs narines d'odeurs appropriées.

Par Erell Piette
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Mardi 7 avril 2009
       

        Essouflée, elle avait ouvert la porte de la cabine à toute volée, et dans un tchèque approximatif elle avait marmoné quelque-chose comme : " Je tady volno? "
La place était libre, oui, répondit en anglais la jeune femme qui lisait un roman russe.
Elle avait rangé toutes ses affaires, s'était débarrassé de son écharpe, ses gants, son bonnet et de son manteau, remplissant la cabine de son agitation fébrile. Sa respiration était encore haletante, elle lancait des regards par la fenêtre du train et à travers la vitre de la porte de la cabine. Elle sortit nerveusement un carnet de son sac à dos, le feuilleta. Elle eut un dernier regard inquiet en direction du quai maintenant désert.
Le train partit.

Par Erell Piette
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Dimanche 1 mars 2009

...

C'est cela l'exil, l'étranger, cette inexorable observation de l'existence telle qu'elle est vraiment pendant ces longues heures lucides, exceptionnelles dans la trame du temps humain, où les habitudes du pays précédent vous abandonnent, sans que les autres, les nouvelles, vous aient encore suffisamment abruti.

Céline
Par Erell Piette
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Jeudi 26 février 2009
                     

         Il était un peu large aux épaules, et un peu court aux poignets ; il était fermé par de gros boutons verts foncés. Il était épais, avec une doublure marron. Il descendait jusqu'aux genoux. Il avait protégé du froid deux trapézistes et une chanteuse, un jour où le chapiteau s'était effondré sous le poids de la neige. Puis il avait passé deux ans dans un placard, alors que Ewa était partie à Prague pour suivre la troupe du Continuo. Pas une mite ne l'avait mangé et finalement lorsqu'elle l'avait ressorti ce dimanche de janvier il avait simplement l'air un peu sombre. Elle le lui avait apporté, parce qu'elle était tombée malade à cause du froid. Il lui faisait une drôle de silhouette. Dans ce manteau, elle se sentait devenir quelqu'un d'autre. Elle ressemblait davantage aux passants, et imaginait Ewa à Varsovie, portant ce manteau, vivant une vie dont elle ignorait tout. Lorsqu'e
lle l'enlevait le froid la saisissait brusquement. Comme l'autre jour, lorsqu'elles avaient décidé d'aller nager dans le bassin découvert, et qu'elles avaient dû courir nues les quelques mètres qui les séparaient de la piscine. Elle s'était laissée porter par l'eau, sans nager, et en regardant les collines, autour, l'eau de la piscine avait soudain pris un goût salé. 


Par Erell Piette
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Lundi 23 février 2009
Prends sans cesse le rêve pour la réalité et inversement. Il n'existe pas de passage logique. Entre le rêve et la réalité il n'y a qu'un infime mouvement physique : celui d'ouvrir et de fermer les paupières. Dans le rêve éveillé, il n'y a même pas cela.

Sois entièrement soumis à tes obsessions. Tes obssessions sont du reste la meilleure chose que tu possèdes. Elles sont des reliquats de l'enfance. Ce sont des profondeurs de l'enfance que nous viennent les plus grands trésors. Il faut toujours garder la porte ouverte à ce qui vient de là. Il ne s'agit pas de souvenirs mais de sentiments. Il ne s'agit pas du conscient mais de l'inconscient. Laisse cette rivière te traverser librement. Concentre-toi sur elle, tout en te relâchant au maximum. Quand tu tournes un film tu dois être "plongé dedans" vingt quatre heures sur vingt quatre. Dans un pareil état, toutes tes obsessions, ton enfance entière s'installent dans ton film sans que tu en prennes conscience. Ainsi ton film devient un triomphe de l'infantilisme. Et c'est là le but.


Si tu dois décider à quoi donner la priorité, du regard de l'oeil et de l'expérience du corps, donne toujours la priorité au corps, parce que le toucher est antérieur à la vue et son expérience plus fondamentale. De plus, dans l'actuelle civilisation audiovisuelle, l'oeil est extrêmement fatigué et "abîmé". L'expérience corporelle est plus authentique et n'a pas eu jusqu'à présent à subir le poids de l'esthétisme. Mais le point que tu ne dois pas perdre de vue est la synesthésie.
 
Choisis toujours des sujets vis à vis desquels tu as une position ambiguë. Cette ambiguïté doit être suffisamment profonde, et irréversible, pour que tu puisses marcher sur sa crête sans tomber d'un côté ou de l'autre ou sans chuter des deux côtés à la fois. C'est seulement ainsi que tu pourras éviter la plus grande des péccadilles : faire un film à thèse.




Jan Švankamajer
(tiré de Analogon n°26-27 , 1999)
Par Erell Piette
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Lundi 16 février 2009

     

      Et lorsqu'elle devait se rendre dans la vieille ville, le chemin qui l'emmenait différait toujours de ce qu'elle avait imaginé. Elle empruntait des rues tortueuses, marchant vite à cause du froid. Les murs penchaient ; elle pensait au golem, au rabbin Lowe, elle pensait à la glaise qui tapissait les fonds de la Vltava. Une statue lui rappelait les enfants dans le cimetière juif ; elle pensait à leur ronde dans le ghetto, la nuit. Elle passait un porche, débouchait sur une cour intérieure, s'arrêtait un instant avec la sensation d'être déjà passée là. Elle écoutait les pas furtifs des passants, une note de musique, au loin lui faisait lever la tête vers les fenêtres d'où ne provenait aucune lueur. Elle pensait aux joueurs de violons forcés de faire taire leurs instruments pendant la grande peste. Et elle se réveillait au petit matin, les pieds endoloris, cherchant du regard ses chaussures.

Par Erell Piette
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Jeudi 12 février 2009






      Soudain elle sent qu'elle n'a plus vraiment de chez-soi. La maison où elle a passé son enfance est pleine d'objets inanimés. L'abre devant la fenêtre de la chambre d'enfant a trop poussé, désormais, la chambre est sombre. Des fauteuils ont été entreposés là, réduisant encore l'espace. L'étagère est remplie de vêtements sans corps pour les parfumer. Le bureau lui paraît trop petit maintenant, il n' a jamais été complétement fini : la serrure manque pour fermer les portes du bas. Autrefois, des clowns ornaient les murs, elle dessinait des heures durant sur de grandes feuilles des petits personnages, des familles entières, des histoires insensées. Un monde se tenait là, elle le menait, elle y avait accès sans limite, taillait minutieusement ses crayons, en consommait des dizaines chaque année et empilait les dessins, d'abords sous le calendrier qui lui servait de sous-main, puis, lorsque les dessins se faisaient plus anciens, au bas de l'étagère elle les rangeait.
Par Erell Piette
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Mercredi 4 février 2009
       Peu à peu, elle entendait sa langue maternelle comme une langue étrangère. Les mots, dans sa bouche, prenait une drôle de tournure, elle les trouvait trop gros, elle les manipulait à tâtons, cherchait pendant des heures le nom d'un légume familier, d'un objet du quotidien. Sa voix avait changé, elle gardait les intonations de l'autre langue lorsqu'elle parlait avec d'autres étrangers. Mais l'autre langue restait trop dure à avaler : mémoriser chaque cas, chaque déclinaisons était hors de portée. Elle ne pouvait manier les mots qu'avec grossièreté, il n'y avait pas de précision possible. Et lorsque soudain elle réflechissait à ce qu'elle aurait pu dire dans sa langue à elle, cette fois les mots lui paraissaient trop long, mal appropriés, trop abstraits. Elle n'arrivaient plus à toucher ses pensées, elle se sentait devenir bête, elle se surprenait parfois à grogner plutôt que d'utiliser un mot.
Par Erell Piette
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Jeudi 6 novembre 2008

Nonsense sounds it when a materialist starts talking about the absence of spiritual satisfaction in life. Should one feel sorry for the materialist or for the very feeling of spiritual satisfaction?

She said it again. Again I felt at a loss: I haven’t found the answer to the above question yet. When young she wanted to become an architect. She is a doctor now. She is said to be a brilliant doctor, but a materialist in any case. Every time when coming back home from abroad the way she hugged and kissed me- her daughter, did remind me of some passion in her eyes and movements, the passion with which she looked around at home after having spent a week in the village or even an hour at my aunt’s house. She loves her house, she loves the very materials the house consists and is made of; I feel I have to go. His Majesty- the House stays. Kids always leave. No spiritual satisfaction with them!





17.05.2007

Ruzanna Sargsyan

Ruzanna a étudié les sciences politiques et l'anglais et la linguistique à l'université de Yérévan (Arménie). Elle est passionnée de littérature, je l'ai donc invitée à publier un texte sur notre blog.

(Si vous avez un commentaire, merci de l'écrire en anglais !)

Par %20
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Lundi 13 octobre 2008
pour les filles
animus

pour les garçons
anima

Par %20
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