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Je m’appelle Samuel.
Vous m’avez déjà croisé, probablement, dans les rues de Saint-Brieuc, où je suis né et où j’ai toujours vécu, mais je ne suis pas sur pour autant que vous aurez pu retenir mon visage. Je suis tout à fait dans la banalité bretonne : j’ai vingt-cinq ans, grand et mince garçon aux yeux bleus, et je travaille depuis toujours au plus grand supermarché du centre ; je connais par cœurs ces visages des dames toujours âgées qui me demandent où sont les fruits, le pain et les objets de leur quotidien, et ceux des hommes qui passent après le boulot, en vitesse, en direction de l’autoroute qui les ramène à la maison ; enfin, mes propres journées on très rarement quelque chose de remarquable et ma vie, comme celle de mes amis, coule lentement dans un flot que n’est pas tout à fait désagréable dans cette ville provinciale, certes, mais remplie parfois du même air d’aventure qui parcoure aussi les rues de Paris ou Bruxelles, où j’ai toujours voulu habiter. Parce que c’est de l’aventure qui est question dans la petite histoire qui a un jour bouleversée ma vie et que, depuis longtemps, j’avais tellement envie de raconter.
C’était le Samedi et je finissais ma semaine de travail. Le Samedi le supermarché est ouvert jusqu’à huit heures du soir et il n’avait personne dans la rue quand je suis sorti – les jeunes préfèrent sortir tard la nuit et la rue des restaurants est beaucoup plus loin. Depuis quelques années mon chemin de retour est entouré de plusieurs tours de bureaux en travaux, et les détritus s’accumulaient de plus en plus au pied du trottoir où je passe au moins deux fois par jour. On repère parfois la chaise qui manquait dans le salon, ou le morceau de bois qui sera, un jour, la table de la cuisine.
Mais cette fois-ci je n’ai pas trouvé d’objet intéressant au premier regard et j’ai décidé ainsi fouiller un peu plus le tas qui avait, ce soir, plus de deux mètres d’hauteur. Après quelques minutes je finis pour avoir dans mes mains une horloge, une vieille carte de voyage et deux ou trois carnets de dessin presque entièrement vierges. Toutes des choses qui ne m’intéressent pas. Poubelle avec.
C’est en faisant le tour pour rentre que je découvre, là, devant mes deux yeux que dieu m’a accordé, le plus beau et étrange objet jamais vu, caché des regards des passants par l’ombre fortunée du tas de détritus. A mes pieds, une épée. Non seulement une épée, mais une épée dirai-je médiévale, semblable à celles des illustrations qui montraient les Templiers légendaires. Une Epée. Comment a-t-elle tombé dans un endroit pareil ? C’est la première question que je me suis posé au regarder le métal encore opaque de la poussière que restait collé telle une pellicule marron indissolvable.
Je l’ai vite mise sous mon manteau et j’ai évité tout éventuel humain jusqu’à être en sécurité à la porte d’entrée de l’immense immeuble gris de la rue de Saint-michel qui était à l’époque ma maison.
Quand j’ai fermé la porte de l’appartement l’épée était à moi ; et je l’ai prise ainsi entre mes mains. Elle était lourde comme les épées des croisés. Je l’ai posé sur la longue table et j’ai commencé à la nettoyer le plus soigneusement que j’ai jamais pu nettoyer un objet en métal tranchant. La manchette était très dessinée et il avait des scènes de batailles gravées sur le poignet. La lame était longue d’un mètre et légèrement courbe pour finir, un mètre plus loin, dans une pointe menaçante et, qui sait, maintes fois utilisée.
J’ai resté comme ça quelques minutes. A la fin, à ma plus grosse surprise, les doigts de ma main droite ont commencé à sentir une irrégularité dans la texture lisse de l’épée. C’était dans le début, dans la commissure même de la lame et elle n’avait plus qu’une poignée de centimètres. Quelque chose avait été enregistrée à la hâte: un mot. La personne qui l’a marquée restera pour toujours inconnue, ainsi que la raison et la date de l’événement, mais pas le contenu : une heure après j’ai réussi à déchiffrer ce mot secret : « rédemption». Rédemption.
Je n’ai jamais cru aux coïncidences. J’ai pris ma chère épée à son sens littéral et j’ai su tout de suite quoi faire : l’accrocher dans le mur du salon, en guise de trophée, et ouvrir la porte de la chambre. J’ai pris ma plus grande valise et j’y mis quelques vêtements, ainsi que mes objets les plus chers : les trois albums de photos, le parfum offert par ma mère, et les livres que mon grand-père avait un jour écrit – pour le voyage.
Le lundi d’après, au petit matin quand le supermarché ouvrait à nouveau je n’étais plus là. Plus jamais je ne suis revenu.

Dans l'ancien testament Onan est un personnage qui, refusant de féconder son épouse, aurait préféré «laisser sa semence se perdre dans la terre». Il est transparent que quand Marten utilise le mot onanisme, il fait allusion à ce récit .
Il y est dit que Er et Onan étaient les deux fils de Juda. Er mourut pour avoir été méchant. Le père voulut que son second fils Onan épousât la veuve, selon l’ancienne loi des Égyptiens et des Phéniciens, leurs voisins : cela s’appelait susciter des enfants à son frère. Le premier-né du second mariage porterait le nom du défunt et c’est ce qu’Onan ne voulait pas. Il haïssait la mémoire de son frère ; et pour ne point faire d’enfant qui portât le nom d'Er, il jeta sa semence à terre, enfreignant ainsi la loi du lévirat. Il fut puni de mort par Yahvé.