C'était une odeur qui ne laissait place à aucune autre, s'imposant à ses narines de façon violente et jamais elle ne s'y attendait. S'ensuivait un haut-le-corps, elle cherchait alors à quitter l'endroit et la source de cette exhalaison mais bien souvent, cela arrivait lorsqu'elle se trouvait dans un train en marche, ou pire, dans un tramway. Si elle se trouvait dans une pièce, alors il n'y avait pas moyen de s'y soustraire et elle endurait péniblement l'écœurement violent que cette odeur provoquait en elle. Non qu'elle n'existait pas dans l'autre pays, elle avait déjà senti une odeur très similaire s'exhaler de la bouche de certains hommes (pour une raison inconnue les femmes semblaient épargnées par ce phénomène, peut-être n'ingéraient-elles que rarement ce mélange fait de viande diverses en putréfaction, et d'ail, l'ail étant probablement là uniquement pour contrebalancer le manque de fraîcheur évidente de cette substance en décomposition.)
Son dégoût était encore lus pénible lorsque cette odeur semblait s'échapper d'un corps, comme si toutes les pores de sa peau la distillaient de façon continue. Elle devait alors rassembler toutes ses facultés intellectuelles pour aller à l'encontre des émotions violentes que produisaient son corps et développer des trésors d'imagination pour s'empêcher de haïr profondément la personne suspectée coupable.
Elle s'inquiétait de l'effet d'une telle arme sur son propre intellect, frissonnant à l'idée que quelqu'un put manipuler des foules entières et les former à la haine de l'autre par la seule introduction dans leurs narines d'odeurs appropriées.